L'encens est une matière aromatique naturelle : au sens strict une résine, l'oliban, au sens large tous les encens en grains, en bâtonnet ou en cône qui se consument pour son parfum. Qu'est-ce que l'encens, au juste ? Un rituel spirituel du culte devenu parfum d'atmosphère dans la maison.
- Encens au sens strict
- La gomme qui coule de l'arbre à encens, au sud de l'Arabie et dans la Corne de l'Afrique.
- Encens au sens courant
- Tout bâtonnet, cône ou grain, encens naturel ou de synthèse, qui libère un parfum en se consumant lentement.
- Encens et santé
- Sa combustion charge l'air intérieur de particules fines : aérer après chaque usage.
D'où vient le mot encens et que signifie-t-il ?
Le mot encens vient du latin incensum, participe passé neutre du verbe incendere, « brûler » : l'encens signifie littéralement « ce qui est brûlé ». Le français en a tiré l'encensoir, le récipient où se consume la gomme, et le verbe encenser, qui a fini par vouloir dire couvrir quelqu'un d'éloges. Le mot proche « oliban » vient de l'arabe al-lubân, « le lait », par allusion à la sève blanche qui perle de l'écorce.
À propos de l'encens, le vocabulaire hésite entre botanique et commerce. Au sens botanique, l'encens véritable est une gomme-résine produite par quelques espèces d'arbres des zones arides. Au sens commercial, la catégorie englobe tout article destiné à parfumer l'air par combustion lente : un bâtonnet de nag champa, un cône au santal ou une bande de papier d'Arménie se vendent tous comme de l'encens, alors que certains ne contiennent pas un gramme de gomme d'Arabie.
Cette distinction compte au moment de l'achat. Une étiquette « encens naturel » peut désigner une gomme pure, récoltée et séchée, ou un bâtonnet dont la pâte associe poudre végétale, liant et parfum de synthèse. La liste des composants, quand elle figure sur l'emballage, donne la seule information fiable sur ce que l'on va faire se consumer. Le tour d'horizon de toutes les catégories d'encens et de leurs accessoires présente les familles que l'on trouve en boutique.
Comment récolte-t-on l'encens sur l'arbre ?
L'encens se récolte par incision, une technique qui n'a guère changé depuis l'Antiquité. Le récoltant entaille l'écorce avec un grattoir ; la plante réagit en sécrétant une sève laiteuse qui durcit à l'air en quelques semaines et donne des « larmes » translucides, blanches, jaunes ou ambrées. Ces larmes se détachent à la main, puis se trient par taille et par couleur : les plus claires passent pour les plus fines.
Plusieurs espèces du genre Boswellia fournissent l'encens du commerce, chacune avec ses lieux de production :
- Boswellia sacra : sud de la péninsule Arabique (Dhofar, dans le sultanat d'Oman, et Yémen) et nord de la Somalie ; c'est l'encens le plus recherché.
- Boswellia serrata : Inde, où sa gomme porte le nom de salai guggul et entre dans de nombreux encens indiens.
- B. papyrifera : Éthiopie, Érythrée et Soudan, principale origine de l'encens des églises orthodoxes.
- B. frereana : Somalie, une gomme au parfum citronné, souvent mâchée sur place.
Ces arbres sont fragiles. Des chercheurs ont alerté sur le déclin des peuplements de B. papyrifera en Éthiopie, en mauvais état à cause des insectes, du pâturage et de saignées trop fréquentes. Un arbre incisé sans repos produit moins de larmes et se régénère mal ; des filières qui imposent un temps de récolte limité et des périodes de pause se développent pour cette raison.
La route de l'encens, du sultanat d'Oman à la Méditerranée
Dans l'Antiquité, l'encens valait une fortune. Des caravanes partaient du Dhofar et du Yémen, longeaient l'Arabie par l'ouest jusqu'à Pétra et Gaza, puis l'encens gagnait l'Égypte, la Grèce et Rome. Ce réseau de pistes porte le nom de route de l'encens ; il a enrichi les royaumes sud-arabiques et les Nabatéens, qui prélevaient des taxes à chaque étape.
Deux ensembles témoins de ce commerce figurent au patrimoine mondial de l'Unesco. Le site « Terre de l'encens », inscrit en 2000, réunit dans le sultanat d'Oman les arbres de Wadi Dawkah et les ports et oasis caravaniers de Khor Rori, Al-Baleed et Shisr. Les villes du désert du Néguev, en Israël, inscrites en 2005, conservent les étapes nabatéennes de la même piste.
Dans le monde arabe, la tradition reste vivante. Le bakhour, des copeaux d'oud ou de santal imprégnés d'huiles, de musc ou d'ambre, se pose sur un charbon dans un brûle-parfum appelé mabkhara ; on en parfume la maison, les vêtements et les invités à la fin d'un repas. Au Maroc, le benjoin et les assortiments de gommes accompagnent les fêtes familiales et le vendredi, un rituel du quotidien plus qu'un geste religieux.
Les grandes familles d'encens et leur combustion
L'encens se présente sous plusieurs aspects, qui ne se consument pas de la même manière ni pendant le même temps. Le tableau compare les familles les plus répandues en France.
| Famille d'encens | Composition | Mode de combustion | Émanations |
|---|---|---|---|
| Encens en grains | Oliban, myrrhe, benjoin, copal | Sur charbon ardent ou sur une plaque chauffante | Denses avec le charbon, légères à chaleur douce |
| Bâtonnet indien | Pâte végétale et gommes sur une tige de bambou | Se consume seul une fois la flamme soufflée, environ une heure | Moyennes, plus la tige de bambou |
| Encens japonais | Poudres aromatiques et liant végétal, sans tige | Posé dans la cendre ou sur un support | Discrètes |
| Encens tibétain | Herbes, plantes de montagne et santal, bâton épais sans tige | Se consume seul, posé à plat | Herbacées, assez fortes |
| Cône | Pâte compacte, parfois creuse (effet cascade) | De la pointe vers la base, en un quart d'heure environ | Fortes sur une courte durée |
| Bakhour | Copeaux imprégnés d'huiles et de gommes | Sur charbon dans une mabkhara | Denses et très odorantes |
| Papier d'Arménie | Papier imprégné de benjoin | Sans flamme, plié en accordéon | Faibles |
Le nag champa illustre bien la catégorie des bâtonnets indiens : sa pâte associe des fleurs de champaca, du bois de santal et une gomme, le halmaddi, roulés à la main sur la tige de bambou selon la technique dite masala. L'encens japonais suit une autre logique : sans tige ni charbon, il se consume à basse température et laisse une odeur plus nette, d'où sa place dans le kōdō, la « voie de l'encens », un art d'écoute des parfums codifié au Japon. Le papier d'Arménie, mis au point en 1885 par Auguste Ponsot et Henri Rivier, reste une spécialité française.
Oliban, myrrhe, benjoin, bâtonnet : démêler les termes autour de l'encens
L'encens et la myrrhe, est-ce la même résine ?
Non, l'encens et la myrrhe viennent d'arbres différents. L'oliban coule du Boswellia, la myrrhe du Commiphora, un arbuste voisin des régions arides ; la myrrhe est plus sombre, plus amère et plus balsamique. Les deux voyageaient ensemble sur la route de l'encens et se consument souvent en duo.
Le benjoin est-il un encens ?
Le benjoin est la résine d'un arbre d'Asie du Sud-Est, le Styrax, à l'odeur vanillée. Il ne provient pas de l'arbre à encens, mais il s'utilise comme un encens et entre dans le papier d'Arménie et dans beaucoup de préparations vendues au Maghreb.
Un bâtonnet d'encens contient-il de l'oliban ?
Un bâtonnet d'encens contient rarement de l'oliban. La plupart associent poudre de bois, charbon, liant et huiles odorantes, naturelles ou de synthèse ; seuls certains fabricants indiquent sur l'emballage la présence de véritable gomme d'Arabie.
Qu'est-ce que l'huile essentielle d'encens ?
L'huile essentielle d'encens s'obtient en distillant à la vapeur d'eau la résine du Boswellia. Elle sert surtout en diffusion et en parfumerie ; son utilisation sur la peau ou chez la femme enceinte demande le conseil d'un pharmacien, car une huile essentielle reste un produit concentré.
Que symbolise l'encens à la messe catholique ?
À la messe catholique, l'encens symbolise la prière qui monte vers Dieu. L'image vient de l'Ancien Testament : le psaume 141 demande que la prière s'élève « comme l'encens », et le livre de l'Exode décrit la recette d'un encens sacré réservé au culte. Dans les Évangiles, les mages apportent à l'enfant Jésus de l'or, de l'encens et de la myrrhe ; la tradition y lit un hommage rendu à Dieu.
Lors d'une célébration solennelle, surtout le dimanche, jour du Seigneur, le prêtre encense l'autel, le livre des Évangiles, les offrandes, puis l'assemblée. L'encens signale la présence de Dieu et marque le respect dû à ce qui est sacré ; il accompagne aussi les funérailles, où l'on encense le cercueil du mort. Les grains se posent sur un charbon ardent dans l'encensoir, balancé au bout de ses chaînes pour attiser la combustion.
Cette signification traverse toute l'histoire de l'Église : l'encens y garde une valeur purifiante, celle d'un lieu préparé pour la prière. D'autres cultes donnent à l'encens un sens voisin. Dans les temples hindous et bouddhistes, les bâtonnets accompagnent l'offrande et la méditation ; dans les foyers chinois, on en allume devant l'autel des ancêtres. Ce rite religieux, faire monter un parfum pour honorer, purifier ou se recueillir, traverse les religions, et l'usage de l'encens à la maison en garde souvent l'émotion, comme la bougie qu'on allume pour une intention.
Comment utiliser l'encens à la maison ?
Utiliser de l'encens demande surtout un support adapté et une pièce que l'on peut aérer. La méthode change avec la famille d'encens choisie.
- Bâtonnet ou cône : allumer la pointe, laisser la flamme quelques secondes, puis la souffler pour que l'encens se consume doucement ; le poser sur un porte-encens, un objet qui recueille la cendre, loin des rideaux.
- Encens en grains sur charbon : allumer une pastille de charbon de bois auto-allumant dans une coupelle remplie de sable, attendre qu'elle se couvre de cendre grise, puis déposer quelques grains.
- Encens en grains sans charbon : chauffer les grains sur une grille au-dessus d'une bougie chauffe-plat ou sur un diffuseur électrique ; la gomme fond lentement et libère son parfum, avec beaucoup moins d'émanations.
Le brûleur électrique convient aussi aux matières fragiles comme le copal. Le charbon chauffe très fort et carbonise vite la résine, ce qui donne une odeur âcre ; la chaleur douce révèle mieux les notes citronnées de l'encens d'Arabie. Les méthodes pour faire chauffer l'encens sans charbon sont détaillées pas à pas. Dans tous les cas, un encens allumé ne se laisse jamais sans surveillance, ni à portée des enfants et des animaux.
La fumée d'encens est-elle dangereuse pour la santé ?
La fumée d'encens n'est pas anodine pour la santé. Comme toute combustion, celle d'un bâtonnet ou d'un grain libère des particules fines et des composés organiques volatils, dont du benzène et du formaldéhyde ; les études sur la qualité de l'air intérieur classent l'encens parmi les sources domestiques de pollution, au côté des bougies et du tabac. L'exposition dépend de la quantité consumée, de la taille de la pièce et de la ventilation.
Quelques précautions limitent le risque :
- faire de l'encens un plaisir occasionnel, pas un fond d'ambiance permanent pendant des heures ;
- ouvrir les fenêtres pendant et après la combustion ;
- ne pas respirer les volutes de près, et éviter l'encens dans une chambre fermée ;
- préférer un encens en grains chauffé sans charbon, moins chargé en particules qu'un bâtonnet.
Une personne asthmatique, une femme enceinte ou un foyer avec un nourrisson a intérêt à en parler à son médecin traitant ou à un pneumologue avant d'en faire un usage régulier : les émanations peuvent déclencher une crise ou une irritation des bronches chez les plus sensibles. Les propriétés médicinales et l'effet de relaxation souvent prêtés à l'encens relèvent de la tradition plus que de la preuve ; le point sur les bienfaits attribués à l'encens fait la part entre les usages anciens et ce que la recherche a vérifié.
Comment reconnaître un encens de qualité ?
Un encens de qualité se reconnaît d'abord à sa composition. En grains, des larmes entières, claires et peu poussiéreuses, au parfum frais de citron et de pin dès qu'on les frotte, signalent un encens véritable bien trié ; une poudre brune et collante cache souvent des résidus. En bâtonnet, une pâte faite de poudres végétales, de gommes et d'herbes vaut mieux qu'un support trempé dans un parfum de synthèse, qui sent fort à froid et laisse une odeur chimique à la combustion.
L'origine renseigne aussi : un encens qui précise l'espèce d'arbre et le pays de récolte se montre plus transparent qu'un produit sans indication. Les ateliers indiens et japonais qui fabriquent leurs bâtonnets selon des recettes anciennes, présentés dans l'art de fabriquer l'encens de l'Inde au Japon, donnent une idée du travail que suppose une pâte bien dosée. Enfin, un encens se conserve à l'abri de la lumière et de l'humidité, dans une boîte fermée : les grains gardent alors leur parfum plusieurs années.




