Dans une maison du Maroc, l'encens marocain se dépose en grains de résine sur un charbon ardent : benjoin, oud, mastic ou fasoukh, chaque produit a son rôle, et l'étal d'un herboriste de souk en présente toute une collection, vendue au poids.
L'encens traditionnel du Maroc tient moins du bâtonnet que du mélange de résines et de bois odorants, chauffé dans un encensoir en terre ou en métal. Le jaoui adoucit, l'oud parfume les tissus, le fasoukh protège selon la croyance populaire : chaque produit répond à une occasion précise.
Bakhour, bkhour, bakhoor : un mot pour toutes les fumigations
Le bakhour (écrit aussi bkhour ou bakhoor) désigne en arabe à la fois l'action de parfumer par fumigation et les mélanges que l'on chauffe pour y parvenir. Au Maroc, le mot couvre un grand nombre de préparations : grains de résine purs, copeaux de bois, fleurs séchées, parfois enrobés d'huiles parfumées ou de musc. Chaque famille garde ses habitudes, et une même ville peut compter plusieurs façons de composer un encens bakhoor.
Cette pratique appartient à la culture arabe et méditerranéenne au sens large : on la retrouve dans la péninsule Arabique, en Égypte ou en Mauritanie, avec des matières voisines. Ce qui distingue l'encens marocain tient à quelques produits locaux, comme le fasoukh ou le mastic employé en cuisine, et à la place que garde l'encensoir dans l'hospitalité. Pour revenir aux bases (résine, bâtonnet, cône), la définition de ce qu'est exactement l'encens pose le vocabulaire commun à toutes ces traditions.
Quelles matières entrent dans l'encens marocain ?
L'encens marocain repose sur une poignée de matières, souvent importées depuis des siècles par les routes caravanières et maritimes. Le tableau compare les plus courantes, avec leur nom local, leur origine botanique et leur emploi dans la maison.
| Matière | Origine | Odeur | Emploi courant |
|---|---|---|---|
| Jaoui (benjoin) | Résine de styrax, Asie du Sud-Est | Douce, vanillée | Parfum des pièces, accueil des invités |
| Oud (bois d'agar) | Bois d'Aquilaria imprégné de résine | Boisée, profonde | Vêtements, fêtes, mariages |
| Oliban (louban) | Boswellia sacra, Oman, Yémen, Somalie | Citronnée, résineuse | Mélanges, encens spirituel |
| Mastic (mska) | Pistachier lentisque, Méditerranée | Fraîche, légèrement pinée | Fumigation et pâtisserie |
| Fasoukh | Gomme-résine d'une férule | Âcre, puissante | Protection contre le mauvais œil |
Le jaoui, benjoin blanc ou noir
Le jaoui est le benjoin, une résine tirée de l'écorce des styrax d'Asie du Sud-Est ; son nom viendrait de l'arabe « louban jawi », l'encens de Java. Les herboristes distinguent un jaoui clair, à l'arôme doux, et un jaoui foncé, plus chaud. C'est l'encens arabe du quotidien : quelques grains suffisent à donner une ambiance apaisante à un salon avant l'arrivée des invités.
Le fasoukh, encens de protection
L'encens fasoukh marocain est une gomme-résine issue d'une férule, une grande ombellifère des terrains secs d'Afrique du Nord. Son odeur âcre n'a rien d'agréable : on ne l'emploie pas pour parfumer, mais dans un rituel de protection, contre le mauvais œil ou les influences jugées néfastes selon la croyance populaire. On l'utilise de façon ponctuelle, fenêtres ouvertes, souvent mêlé à d'autres grains. Certains vendeurs l'écrivent fassoukh. La serghina (سرغينة), racine séchée d'une petite plante des sols sablonneux, joue un rôle voisin dans les mélanges de purification.
Le bakhoor rouge du Maroc et les mélanges colorés
Le bakhoor rouge du Maroc se présente comme un mélange de grains teintés, de résines et de copeaux de bois de santal ou d'oud, parfois parfumé au musc. Sa composition change d'un marchand à l'autre : demander la liste des matières reste le seul moyen de savoir ce que contient ce produit, surtout lorsque le colorant masque la nature des grains.
La mbakhra, encensoir marocain en terre ou en métal
L'encensoir marocain s'appelle mbakhra (ou mabkhara). Il prend la forme d'une petite coupe montée sur un pied, en terre cuite vernissée, en laiton ciselé ou en métal argenté, souvent munie d'un couvercle ajouré. Les modèles de Fès et de Safi, en céramique peinte, côtoient les pièces de dinanderie de Marrakech ; certaines familles en gardent une véritable collection, sortie selon les occasions. Hors usage, la mbakhra reste un objet décoratif, que les boutiques françaises vendent aussi sous le nom de brûleur oriental ; le choix du modèle suit la préférence de chacun.
La mbakhra va souvent de pair avec le mrech, l'aspersoir d'eau de rose ou de fleur d'oranger : on parfume les mains des invités puis on fait circuler l'encensoir. Entre brûle-parfum ou encensoir électrique, le choix dépend surtout du logement : en appartement, les solutions décrites dans l'encens sans charbon chauffent la résine sans combustion vive.
Mode d'emploi : charbon ardent et grains de résine
L'utilisation de l'encens marocain suit un mode d'emploi simple, transmis de génération en génération :
- Poser une pastille ou un morceau de charbon de bois au fond de la mbakhra, sur une couche de sable ou de cendre qui protège le support.
- L'allumer et attendre qu'il blanchisse en surface : un charbon ardent couvert de cendre fine chauffe sans flamme.
- Déposer deux ou trois grains de résine, pas davantage ; on en rajoute quand la fumée faiblit, sans brûler la résine à vif.
- Faire passer l'encensoir dans chaque pièce, ou sous un vêtement tendu pour l'imprégner.
- Laisser refroidir le support hors de portée des enfants, puis ouvrir les fenêtres.
Les pastilles auto-allumantes vendues en tube s'enflamment vite grâce à un accélérateur ; le charbon de bois naturel, plus lent à prendre, dégage moins d'odeur parasite.
Gestes de fête et de la vie quotidienne
Dans la vie de la maison marocaine, l'encens accompagne les moments partagés plus que la solitude : accueil d'une visite, fin d'un repas, préparation d'une mariée, naissance d'un enfant. La nuit du Destin, au cours du ramadan, beaucoup de foyers parfument la maison et les tissus. Le vendredi, le geste revient aussi dans bien des familles.
Ces usages créent une atmosphère chaleureuse que les Marocains associent à l'hospitalité. Hors de toute dimension religieuse, l'encens traditionnel sert aussi à chasser les odeurs de cuisine ou à rafraîchir le linge rangé dans les coffres. Ces vertus prêtées à l'encens restent du registre de la tradition ; les bienfaits attribués à l'encens se discutent au cas par cas.
Acheter un encens naturel au souk ou en ligne
Au souk, les herboristes et les marchands d'épices vendent les matières en vrac, au poids, et composent volontiers un mélange sur demande. Sentir chaque produit aromatique, demander son nom et son origine, et se méfier d'un oud vendu très bon marché, souvent imité par des copeaux trempés dans une huile parfumée : ces réflexes valent pour tout encens naturel.
Depuis la France, les boutiques en ligne proposent du jaoui, du bakhour et des encensoirs marocains. Une résine en grains nets, sans poussière, conservée dans un bocal fermé, à l'abri de la lumière, garde ses qualités dans de bonnes conditions pendant des mois. Avant de commander, les repères pour comparer les prix de l'encens vendu en ligne aident à juger un rapport entre quantité, pureté et frais d'envoi.
Parfumer les pièces sans dégrader l'air intérieur
La combustion d'encens, même d'une résine naturelle, émet des particules fines, du benzène et du formaldéhyde : l'Anses la range parmi les sources de pollution de l'air intérieur. Une utilisation occasionnelle, une petite quantité de grains et une aération de dix minutes limitent l'exposition.
Les personnes asthmatiques, les femmes enceintes et les jeunes enfants restent les plus sensibles. En cas d'asthme ou de toux chronique, un médecin traitant ou un pneumologue dit si cette habitude reste compatible avec l'état respiratoire. Le reste des pages de la rubrique encens de Détente & Bien-Être, sur ce blog, traite des autres formes, du bâtonnet au cône.




