L'encens est une résine aromatique, l'oliban en tête, que l'on brûle depuis l'Antiquité. Le premier bienfait d'un encens utilisé avec mesure tient à son parfum et au rituel qui aide à se poser. Les bienfaits de l'encens sur la santé restent modestes, et sa combustion pèse sur l'air intérieur.
- Pour l'esprit
- Un encens naturel que l'on aime, allumé à heure fixe, aide à ralentir : son effet sur le stress passe par le parfum et le geste.
- Pour le corps
- Les propriétés anti-inflammatoires étudiées concernent l'extrait de boswellia avalé, pas l'encens brûlé ni son huile essentielle.
- Au quotidien
- Brûler de l'encens émet des particules fines : une utilisation ponctuelle, un encens de qualité, une pièce aérée.
Que désigne le mot encens, de l'oliban au bois d'agar ?
L'encens désigne au sens strict l'oliban, une résine qui s'écoule de l'écorce des arbres du genre Boswellia lorsqu'on l'entaille. La sève blanchâtre durcit au contact de l'air en quelques semaines et forme les larmes jaunes ou ambrées que l'on brûle en grains. Le Boswellia sacra pousse dans le Dhofar, au sud d'Oman, et au Yémen ; le Boswellia serrata vient d'Inde ; d'autres espèces sont récoltées en Somalie et en Éthiopie. Le commerce de cette résine millénaire a fait la fortune des cités de l'Arabie du Sud, et la route de l'encens figure aujourd'hui au patrimoine mondial de l'Unesco.
Dans l'usage courant, le mot couvre bien plus large : tout ce qui libère un parfum en brûlant ou en chauffant. La myrrhe, autre gomme d'Arabie, accompagne également l'oliban. Le bois de santal, tiré du Santalum album indien, donne une note douce et lactée. Le bois d'agar, ou oud, naît d'une réaction de défense de l'arbre Aquilaria contre un champignon : le bois se charge d'une résine sombre très recherchée, au cœur de la cérémonie japonaise du kōdō. La sauge blanche de Californie, brûlée en bouquets, relève d'une autre histoire, celle des peuples amérindiens, et sa cueillette sauvage intensive inquiète aujourd'hui les botanistes.
Chaque type d'encens se brûle d'une manière différente, et ce mode de combustion pèse sur le parfum comme sur la fumée.
| Type d'encens | Composition | Mode d'utilisation | Fumée dégagée |
|---|---|---|---|
| Résine en grains (oliban, myrrhe) | Résine pure récoltée sur l'arbre | Sur charbon ardent ou chauffe-résine | Forte sur charbon, faible sur chauffe-résine |
| Bâtonnet indien | Pâte de bois, résines et parfums sur tige de bambou | Allumé puis éteint, il se consume seul | Moyenne, avec la combustion du bambou |
| Encens japonais | Poudres végétales et écorces, sans tige | Bâtonnet plein, souvent plus fin | Plus discrète |
| Cône | Poudre compactée | Posé sur un support résistant à la chaleur | Dense et rapide |
| Bois (santal, agar) | Copeaux ou éclats résineux | Chauffés sur une plaque de mica ou un brûleur | Faible sans flamme directe |
Les bienfaits de l'encens sur l'esprit : odeur, rituel et stress
Le principal bienfait de l'encens se joue dans le cerveau, par l'odorat. Les informations olfactives rejoignent sans détour l'amygdale et l'hippocampe, deux structures qui traitent les émotions et la mémoire. Une odeur familière peut ainsi rappeler un lieu, un moment ou une personne, et installer en quelques secondes un état agréable. L'encens peut aider à apaiser l'esprit pour cette raison : il associe un parfum que l'on aime à un moment que l'on se réserve.
Le rituel compte autant que la molécule. Allumer un bâtonnet, regarder la fumée monter, s'asseoir le temps de sa combustion crée un signal que l'on finit par reconnaître : la journée de travail s'arrête, la lecture ou la méditation commence. Les pratiquants de la méditation assise et de ses différentes écoles s'en servent souvent ainsi, comme d'un repère dans le temps plus que comme d'un remède. Le même mécanisme explique le rôle de l'encens dans les cultes, des temples bouddhistes aux églises orthodoxes et catholiques.
Cet effet sur le stress reste personnel. Un parfum qui détend l'un peut gêner l'autre, selon ses goûts, ses souvenirs et sa sensibilité respiratoire. Aucune étude sérieuse ne permet de promettre qu'un encens donné calme l'anxiété de tout le monde : les avis des utilisateurs, nombreux sur les blogs de bien-être, décrivent un ressenti, utile à connaître mais pas une preuve.
Ce que la recherche observe sur l'acétate d'incensole
L'acétate d'incensole, une molécule présente dans la gomme du boswellia, intéresse les chercheurs depuis une étude de l'Université hébraïque de Jérusalem publiée en 2008 dans le FASEB Journal. Chez la souris, cette molécule active des canaux TRPV3 du cerveau et produit des effets proches de ceux d'un anxiolytique. Le résultat est réel, mais il porte sur des animaux qui recevaient la molécule par injection, à des doses sans rapport avec ce que libère un grain brûlé dans une pièce. Il ouvre une piste ; il ne prouve rien pour celui qui brûle de l'encens chez lui.
Boswellia et acide boswellique : quand l'encens s'avale
L'extrait de boswellia, vendu en gélules, n'a rien à voir avec l'encens brûlé : il s'agit de résine purifiée prise par la bouche, dont les chercheurs étudient les propriétés anti-inflammatoires. Ses principes actifs, les acides boswelliques, et en particulier l'AKBA, freinent une enzyme, la 5-lipoxygénase, qui intervient dans la production de molécules de l'inflammation. Cette action anti-inflammatoire explique l'intérêt de la médecine ayurvédique, qui utilise le Boswellia serrata depuis des siècles, et celui de la recherche moderne.
Les résultats restent contrastés. Pour l'arthrose, une revue Cochrane de 2014 sur les plantes prises par voie orale juge les données sur la boswellia encourageantes, avec des preuves de qualité moyenne sur la douleur et la mobilité. Pour la maladie de Crohn, un essai allemand publié en 2011 dans Inflammatory Bowel Diseases ne montre pas d'avantage de l'extrait sur le placebo pour maintenir la rémission. Les effets supposés sur le système immunitaire, souvent cités dans les boutiques en ligne, reposent surtout sur des travaux en laboratoire.
Une personne qui suit un traitement pour une maladie inflammatoire de l'intestin, une polyarthrite ou un asthme et qui envisage un complément à base de boswellia en parle avant tout à son gastro-entérologue, à son rhumatologue ou à son pharmacien : l'extrait peut interagir avec certains médicaments, et il ne remplace jamais le traitement prescrit. Les compléments alimentaires ne passent pas par une autorisation de mise sur le marché comme un médicament, et leur dosage varie beaucoup d'une marque à l'autre.
Huile essentielle d'encens : usages et précautions
L'huile essentielle d'encens s'obtient par distillation à la vapeur d'eau des larmes d'oliban. Elle sent la résine fraîche, citronnée et boisée, et sert en diffusion, en massage diluée dans une huile végétale, ou dans des cosmétiques maison. L'aromathérapie lui prête une action relaxante et une utilité pour la peau ; ces usages traditionnels sont également ceux que retient la littérature commerciale, plus que des essais cliniques solides.
Une huile essentielle reste un concentré. Quelques règles générales s'appliquent à celle-ci comme aux autres :
- la diluer avant tout contact avec la peau, et tester d'abord une goutte au pli du coude ;
- ne pas l'utiliser chez la femme enceinte ou allaitante ni chez le jeune enfant sans l'accord d'un médecin ;
- la diffuser par périodes courtes, jamais toute la nuit, dans une pièce que l'on aère ;
- la tenir loin des chats et des oiseaux, particulièrement sensibles aux composés aromatiques.
L'hydrolat d'oliban, plus doux, s'emploie comme l'eau de rose en lotion ou en brume d'oreiller. Pour comparer l'encens à la lavande, au petit grain ou à l'ylang-ylang, le panorama des huiles essentielles relaxantes et de leurs contre-indications détaille les familles et leurs conditions d'emploi.
Ce que la fumée d'encens laisse dans l'air intérieur
La combustion de l'encens émet des polluants, comme celle d'une bougie ou d'un feu de bois : particules fines, monoxyde de carbone, benzène, formaldéhyde et hydrocarbures aromatiques polycycliques. L'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI) range l'encens parmi les sources domestiques de pollution, au même titre que le tabac ou la cuisson. Le niveau atteint dépend de ce que l'on brûle, de la durée, de la taille de la pièce et de l'aération.
Le risque tient à la répétition. La Singapore Chinese Health Study, qui suit plus de 60 000 adultes, a publié en 2008 dans la revue Cancer un lien entre l'usage intensif et prolongé de l'encens à domicile et certains cancers des voies respiratoires supérieures. Ce constat concerne des foyers où l'encens brûle tous les jours, souvent plusieurs fois, pendant des décennies ; il rappelle que la fumée n'est jamais neutre, même lorsqu'elle sent bon.
Les personnes asthmatiques, les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées supportent moins bien ces émissions. Une toux, une gêne respiratoire ou des maux de tête répétés après chaque séance d'encens justifient de consulter un médecin traitant ou un pneumologue.
| Facteur | Fait monter les émissions | Les fait baisser |
|---|---|---|
| Forme | Cône, gros bâtonnet, résine sur charbon | Bâtonnet fin, chauffe-résine électrique |
| Composition | Parfums de synthèse, colles, charbon autoallumant | Encens naturel aux ingrédients déclarés |
| Pièce | Petite pièce fermée, chambre | Grande pièce, fenêtre entrouverte |
| Fréquence | Plusieurs fois par jour, plusieurs sources à la fois | Usage ponctuel, un seul encens à la fois |
Chauffer la résine sans la brûler change beaucoup de choses : l'encens sur chauffe-résine, sans charbon libère le parfum de la gomme avec bien moins de fumée.
Reconnaître un encens naturel de qualité
Un encens de qualité se reconnaît d'abord à sa composition. Les bâtonnets de grande diffusion associent souvent une pâte de sciure, une colle et un parfum de synthèse, avec une tige de bambou trempée dans une solution aromatique. Un encens naturel déclare ses ingrédients : résines, poudres de bois de santal ou de cèdre, écorces, plantes, liant végétal comme le makko japonais. L'encens de bois pur, en copeaux, et les larmes brutes restent les formes les plus simples à juger : on voit ce que l'on brûle.
Quelques indices aident à choisir un article, en magasin comme dans un point de vente en ligne :
- une liste d'ingrédients lisible plutôt qu'un simple « parfum » ;
- une origine géographique précise pour les larmes (Oman, Somalie, Éthiopie, Inde) ;
- des larmes claires et propres, sans poussière ni débris d'écorce, pour les grains ;
- un parfum à froid discret et fidèle à la plante, jamais entêtante ;
- pour la sauge blanche et le bois de santal, une filière cultivée ou contrôlée, ces deux plantes souffrant de la surexploitation.
La qualité joue aussi sur l'éthique. Les populations de Boswellia reculent dans la Corne de l'Afrique, sous l'effet du surpâturage, des incendies et d'une saignée trop intensive des arbres. Acheter moins, mais mieux, auprès de fournisseurs qui nomment leurs récolteurs, va dans le sens des forêts comme dans celui de l'air chez soi. Les autres formes, bâtonnets et cônes compris, sont présentées dans la rubrique encens de Détente et Bien-Être.
Faire de l'encens un rituel du quotidien, sans excès
L'utilisation de l'encens au quotidien gagne à rester mesurée : quelques séances par semaine plutôt qu'un bâtonnet allumé chaque jour du matin au soir. Le bénéfice recherché, le moment de calme, ne grandit pas avec la quantité de fumée. Nul besoin de plus qu'un bâtonnet fin ou dix minutes sur un chauffe-résine pour parfumer une pièce et marquer une pause.
Quelques conseils pratiques pour utiliser l'encens dans de bonnes conditions :
- le brûler sur un support stable et incombustible, loin des rideaux et des papiers ;
- ne jamais le laisser se consumer sans surveillance, ni pendant le sommeil ;
- aérer en grand une dizaine de minutes dès la fin de la combustion ;
- éviter la chambre d'un enfant et la présence d'une personne asthmatique ;
- ne pas respirer la fumée de près et ne pas cumuler encens, bougies et diffuseur.
L'encens s'associe bien aux autres gestes de détente : une séance de respiration, un temps de lecture, une bougie allumée le soir. Les raisons symboliques qui poussent à allumer une bougie pour marquer un moment rejoignent celles de l'encens : la flamme ou la fumée donnent une forme visible à une intention. Le bienfait principal de l'encens tient à cette attention portée à l'instant, plus qu'à une vertu thérapeutique.
Brûler de l'encens la nuit, enceinte ou près d'un chat ?
L'encens aide-t-il à mieux dormir ?
L'encens peut aider à s'endormir de façon indirecte, en associant une odeur agréable à une habitude du soir. Il se brûle alors avant le coucher, dans une pièce que l'on aère ensuite, et jamais pendant la nuit : la fumée dans une chambre fermée gêne la respiration et présente un risque d'incendie.
Peut-on brûler de l'encens pendant la grossesse ?
Mieux vaut l'éviter pendant la grossesse, comme les huiles essentielles en diffusion. Les femmes enceintes font partie des personnes que les spécialistes de l'air intérieur invitent à protéger des particules fines ; une sage-femme ou un médecin peut conseiller selon la situation.
L'encens est-il dangereux pour les chats et les chiens ?
L'encens gêne les animaux, surtout les chats et les oiseaux, dont les voies respiratoires réagissent fortement à la fumée et aux composés aromatiques. Il se brûle loin d'eux, dans une pièce qu'ils peuvent quitter, et jamais près d'une cage ou d'un panier.
L'encens purifie-t-il l'air d'une pièce ?
Non, l'encens ne purifie pas l'air : il ajoute des particules et des composés volatils. Il masque les odeurs, ce qui donne une impression de propreté ; seule l'aération renouvelle réellement l'air d'une pièce.




